Une interview d'Agnès Guerrier
par Boris Sirbey, philosophe et théoricien des sciences
BS : Agnès Guerrier, quelle a été votre formation ?
A.G : Ma formation a été dictée par mes convictions. Plutôt que de faire le choix d’une carrière construite uniquement en vue d’obtenir un poste précis, je me suis orienté sur ce qui me semblait le mieux correspondre à mes envies profondes.
Depuis toute petite, j’ai toujours ressenti le besoin d’enseigner, de transmettre quelque chose, de soulager, de guérir et de rééquilibrer.
J’ai donc fait mon BAFA (animateur) et j’ai fait une première année de médecine. Puis je me suis très vite tournée vers la diététique, qui est une discipline qui force à envisager l’individu dans sa totalité. Je me suis alors spécialisée dans le sport et la micronutrition (étude des vitamines et minéraux).
Parallèlement, j’ai commencé a faire des formations plus « marginales » vis-à-vis de la médecine institutionnelle en m’intéressant à l’acupuncture, puis au décodage biologique et à la psychosomatique.
B.S :Pourquoi ce besoin de vous écarter des sentiers battus ?
A.G : A vrai dire, je me sentais limitée. Je pensais qu’il était possible d’aller beaucoup plus loin dans la compréhension des liens entre le corps, l’esprit et l’environnement, et qu’il y avait beaucoup plus à apprendre des anciennes médecines que l’on ne le pense d’habitude.
C’est peut-être une idée absurde, mais j’ai depuis toujours le sentiment que l’individu possède en lui toutes les ressources nécessaires à la guérison, et qu’il n’y a aucune maladie totalement incurable.
C’est sur la base de cette intuition que j’ai constamment cherché de nouvelles voies pour aider les patients, en explorant systématiquement un maximum de possibilités pour pouvoir les aider efficacement. J’ai avant tout essayé de tout mettre en œuvre pour arriver à guérir les gens, sans trop me soucier des questions de frontières entre disciplines.
B.S : C’est ainsi que vous en êtes arrivée à adopter la technique des trames ?
A.G : Oui. Ce besoin d’élargir et d’approfondir mon approche m’a progressivement amenée à aller toujours plus loin, et à m’intéresser à des formes de thérapeutiques faisant le lien entre tous les aspects de la maladie : affectif, environnement, social, énergétique, etc.
C’est ainsi que j’ai fini par comprendre que toute affection résultait d’un déséquilibre interne à la personne, qui lorsqu’il n’était pas traité, finissait inévitablement par se traduire de façon physique.
J’essaie de faire prendre conscience à mes patients que les divers symptômes qu’ils présentent, et qui peuvent apparemment sembler complètement indépendants les uns des autres, sont en réalité la résultante d’une seule problématique.
Les problèmes de poids, de diabète, l’hypertension, le cholestérol, le cancer, la dépression surviennent toujours dans un contexte précis, qui fait sens dans le vécu des patients : on ne peut pas prétendre les traiter de façon durable sans prendre en considération à la fois leur vécu, leur milieu familial et professionnel, leur façon de s’alimenter, de gérer le stress et les conflits, etc. Le corps dans son ensemble est un langage qu’il faut respecter et entendre.
B.S : Que pensez-vous de l’état de la diététique et de médecine en général à l’heure actuelle ?
A.G : A l’heure actuelle, les disciplines sont beaucoup trop morcelées et compartimentées. Il n’y a pas, ou trop peu, de dialogue entre elles et on traite le patient par morceaux, en oubliant complètement l’interdépendance qui existe entre tous les aspects d’un individu.
La diététique institutionnelle répondra à cette objection qu’elle fait un travail de préparation avec des enquêtes alimentaires et des analyses diverses, mais je crois qu’il faut voir plus loin.
La diététique actuelle est une approche mathématique et mécanique, qui fonctionne sur la base de tableaux et « traitements à tiroir » : elle ne prend pas suffisamment en compte l’individualité des patients.
Certes, la diététique et la médecine actuelle font des efforts pour reconnaître l’unité foncière du corps, mais elles tendent encore beaucoup trop à le voir comme une réalité figée et morte.
Pourtant, chaque patient est unique, et demande donc une approche unique qui lui soit adaptée. Je crois sincèrement qu’une bonne partie de échecs de la médecine actuelle vient du fait que l’on néglige l’individu dans sa totalité.
B.S : Mais cela supposerait d’inventer un nouveau traitement pour chaque nouveau cas ! Est-ce que vous ne pensez pas que c’est beaucoup trop exigeant, voire impossible ?
A.G : Nous sommes tous des êtres humains. La finalité de l’organisme, c’est de survivre, et surtout, de vivre. Par rapport à cela, il y a une infinité de stratégies et d’approches possibles, mais cela donne une base universelle pour considérer la maladie.
Quand au reste, je ne crois pas que le fait de prendre en considération l’individu soit une faiblesse, mais une force et une richesse. L’une des choses qui me gêne le plus dans le système médical actuel est qu’on à l’impression que tout sombre dans une espèce d’anonymat, sans qu’il n’y ait plus aucune vie ni aucun dialogue.
On ne peut pas tout réduire à un modèle matérialiste : le corps des patients souffre souvent parce qu’ils ont un mal de vivre, mais ce dernier est traité uniquement d’une façon symptomatique. Il faut pouvoir atteindre un niveau de compréhension global, où le corps et l’âme se répondent.